jeudi 23 octobre 2014

Mon chien détruit tout à la maison

Votre chien a pris l’habitude de tout détruire à la maison. Vous n’en pouvez plus, et c’est normal. Vos chaussons, la porte d’entrée, le canapé, la poubelle, tout y passe. Mais pourquoi agit-il ainsi ? Tentons de décrypter ses motivations…


Les destructions sont liées à un mal-être de l’animal : par ce biais, il rétablit l’équilibre, s’apaise et se rassure, réduit son niveau de stress. Néanmoins, contrairement aux apparences, toutes les destructions ne sont pas à mettre sur le même plan.

Toutes les destructions ne se valent pas

Ce qu’un chien détruit nous renseigne en effet sur ce qui lui fait souci. Ainsi, certains objets sont chargés des odeurs des êtres d’attachement, comme les chaussons ou les vêtements, tandis que d’autres sont « juste » appétissants, car remplis de bons restes ménagers, comme la poubelle. D’autres enfin font « réaction » : le mur s’effrite quand on le gratte, la tapisserie s’arrache sous les coups de dents et de crocs, ça occupe et c’est rigolo. Quant à la porte d’entrée, c’est par là que l’on entre et que l’on sort, par là que sont partis les maîtres tant-aimés, laissant Médor seul et abandonné… triste et malheureux…

Entre ennui et hyper-attachement

Tout comme les malpropretés ou les vocalisations, les destructions peuvent trouver leur origine dans diverses causes, parfois mêlés et additionnées les unes aux autres. Tout d’abord l’ennui : nos chiens ne savent pas comment occuper leurs journées. Pour leur éviter la neurasthénie, plusieurs possibilités s’offrent à nous : leur donner des jouets spécifiques ou des stimulations mentales, de quoi mâchonner, faire appel aux services d’un promeneur de chien si l’absence doit être trop longue, et, évidemment, permettre au chien de se défouler et de se dépenser avant et après les absences. Tous les individus n’ayant pas le même potentiel spécifique d’activité, chaque maître devra déterminer ce dont son chien a besoin, et s’organiser pour pouvoir lui donner ce qu’il lui faut. Un chien baladé 90 minutes au saut du lit sera plus enclin à se rendormir qu’à chercher une occupation, de préférence incongrue…

Certains chiens n’ont par ailleurs pas appris la solitude. Pour un animal social comme canis lupus familiaris, la solitude n’est pas naturelle. Et certains individus ont plus de mal à l’accepter que d’autres. La présence d’un congénère peut aider à supporter l’absence quotidienne des propriétaires, mais pas forcément. Car parfois, à deux, on peut faire quatre fois plus de bêtises ! Il est également conseillé de changer le rituel autour des départs et des retours, l'idéal étant l'ignorance de l'animal une vingtaine de minutes avant de s'en aller, et une ignorance des éventuelles agitations lorsque l'on rentre (on ne s'intéresse à Médor que quand il s'est calmé, lui signifiant par là que rien de grave ne s'est passé).


Ce problème se complique souvent d’un hyper-attachement : parce qu’ils ne s’en rendent pas compte, ou par culpabilité latente, les propriétaires laissent leur animal « collé » à eux lorsqu’ils sont à la maison : cela part certes d’un bon sentiment (encore que cela se discute), mais renforce le profond malaise du chien. Du tout en présence de ses humains, il passe subitement à un vide abyssal qui lui cause souffrances et angoisses. Ne pas laisser Médor vous suivre partout, avoir des pièces interdites, le laisser en quelque sorte seul même quand vous êtes à la maison, peut aider à ce détachement. De la même façon, il est préconisé d'ignorer les demandes d’interactions de votre chien afin d’en être systématiquement à l’initiative. Enfin, passé les premiers mois de vie en commun, où l’on peut (à mon sens, où l'on doit) garder le chiot à proximité de soi la nuit, il sera sans doute judicieux d’octroyer à Médor un coin à lui où dormir, hors des chambres des humains.

La force des apprentissages…


Il convient par ailleurs de ne pas négliger les apprentissages faits par Médor : si gratter le papier peint lui apporte un grand réconfort, il est fort à parier qu’il reproduira l’expérience. Le renforcement peut venir involontairement des propriétaires, qui lui accordent de l’attention lorsqu’il détruit un objet : Médor sait désormais que cette action lui est bénéfique, il pourra la reproduire ultérieurement, jusqu’à ce qu’elle devienne une habitude rassurante et calmante. Enfin, avoir un chien devrait nous inciter au rangement : une poubelle laissée dans la même pièce qu’un chien lui appartient. C’est aussi simple que ça ! On ne peut pas lui en vouloir de s’être sustenté !

A contrario, une pièce quasiment vide n’incite pas autant à la délinquance canine, surtout si ce vide est compensé par des jouets judicieusement choisis. En restreignant au début l’espace, et en veillant à tout mettre hors de portée des crocs de l’animal, l’on pourra peu à peu le guider sur la voie d’un mieux vivre ensemble. A la place d’apprendre des « mauvais » comportements, le chien intègrera d’autres manières de s’occuper. Et si, malgré toutes ces préconisations, votre Médor adoré continue de saccager votre intérieur en votre absence, c’est que l’aide d’un professionnel est devenue plus qu’urgente !

Marie Perrin

Prochainement sur ce blog : mon chien détruit tout en ma présence…

vendredi 10 octobre 2014

Mon chien chez le véto...


Aller chez le vétérinaire : pas toujours agréable certes, mais pourtant incontournable. Alors comment faire si pour Médor, cela s’apparente à un chemin de croix ?

Anticiper

Dans le monde idéal des comportementalistes canins, la visite chez le vétérinaire serait anticipée par l’éleveur, qui emmènerait ses petits bouts voir le monsieur ou la dame en blouse blanche avant les primo-vaccinations. Et ce, évidemment, afin d’éviter que la toute première consultation (parfois même associée au premier trajet en voiture), ne soit synonyme de peur, de contrainte et de douleur. Comme j’entends déjà hurler les hygiénistes et les phobiques sanitaires, j’ajoute que je parle dans l’idéal des idéaux, dans un monde parfait où tout serait pensé uniquement dans le but d’éviter des troubles comportementaux ou des phobies.

Dans le monde idéal des comportementalistes toujours, les propriétaires poursuivraient ce travail de familiarisation : une fois par semaine, une fois tous les dix jours, ils rendraient visite à leur vétérinaire juste comme ça, pour faire un petit tour, donner des friandises au chiot, lui faire rencontrer et apprécier le praticien et ses assistants, le mettre sur la balance. Le clicker, petit outil magique, permet aussi de conditionner le chien aux actes médicaux les plus courants afin que le jour J, le vétérinaire puisse travailler en pleine collaboration avec l’animal, sans le stresser ni le traumatiser.

Si le chiot ou le chien réagit

Certains chiens, en prenant de l’âge, tolèrent de plus en plus difficilement les manipulations. Surtout lorsqu’elles sont intrusives et engendrent de la douleur – par exemple les vaccins. Nul besoin qu’il s’agisse de douleurs aigues pour que l’animal en garde un mauvais souvenir. L’association faite, l’apprentissage peut être durable. D’autant que certains individus ont un seuil de tolérance plus faible à la douleur et que le stress des autres animaux, dans la salle d’attente, peut « contaminer » jusqu’au chien le plus calme.
On veillera toujours à bien promener l’animal avant, et après le rendez-vous chez le vétérinaire. L’on n’hésitera pas à repartir détendre l’animal en extérieur si l’on voit que l’attente risque de se prolonger (il est toujours possible de s’entendre avec les secrétaires ou avec les ASV). Enfin, en cas de susceptibilité et de réactivité aux manipulations, l’on pourra tenter de désensibiliser l’animal progressivement, par des séances de « papouillo-thérapie », toujours associées à des moments de calme et de plaisir pour l’animal. Pas à pas, sans forcer, sans brusquer. Là encore, le travail au clicker peut faire des miracles.

Si le chiot ou le chien a été traumatisé

Si votre chien freine des quatre pattes en arrivant devant la porte d’entrée du praticien, c’est peut-être qu’il a été traumatisé. Soit par une douleur, soit par une mauvaise action du vétérinaire – une approche trop brutale, une manipulation trop brusque – soit par la panique d’un congénère (cris, odeurs de glandes anales, notamment). Dans ce cas, n’hésitez pas à changer de cabinet et de vétérinaire. Prenez le temps de faire le tour des différents cabinets, afin de voir dans lequel votre chien se sent le plus à l’aise. Cela vaut aussi en anticipation : vous pouvez chercher le vétérinaire le plus adapté à votre chiot (ou chien), et à vous. Evitez les vétérinaires qui veulent à tout prix mettre votre chien sur la table d’examen. Bien sûr, c’est moins confortable pour eux par terre, mais si votre chien est angoissé, il sera nettement mieux sur le sol qu’en hauteur.

Puis reprenez tout depuis le début : emmenez votre chien toutes les semaines chez le vétérinaire, d’abord dans la salle d’attente, puis dans le cabinet, mais sans acte médical. Juste comme ça. Voyez avec votre vétérinaire pour qu’il lui donne quelques friandises, qu’il s’asseye avec vous dans la salle d’attente, pour discuter avec vous et nouer le contact avec votre chien. Prenez un café, détendez-vous, puis repartez. Faites-en un non-événement. Pour les initiés, sortez votre clicker et amusez-vous à la maison à jouer au «docteur des chiens». Et peu à peu, peut-être, Médor se détendra-t-il au point d’envisager sa prochaine visite chez le vétérinaire comme une promenade de santé ! Enfin, si c’est possible, tentez d’opter pour un cabinet qui assure une permanence de nuit et de week-end : c’est en effet infiniment plus confortable, en cas d’urgence, d’avoir affaire à son vétérinaire habituel !

Marie Perrin


mardi 7 octobre 2014

Comportementaliste ou Educateur ?


Dans le langage populaire, et pour la plupart des gens, comportementalisme et éducation se confondent, sont une seule et même discipline. Pourtant, l'on peut être comportementaliste et pas éducateur, éducateur et pas comportementaliste. On peut aussi être comportementaliste et éducateur et, évidemment, ni l'un ni l'autre ! Car en réalité, les deux métiers, s'ils se rejoignent et se complètent, ne visent pas du tout les mêmes buts et ne répondent pas aux mêmes attentes. Décryptage.

A quoi sert le comportementaliste ?

Normalement, le comportementaliste a été formé à l’analyse systémique d’une situation. C’est-à-dire qu’il s’intéresse à la relation entre les différents membres de la famille humains-chiens, le « système ». Appelé lorsqu’un chien présente des troubles du comportement, qu’il s’agisse de destructions, de malpropretés, de conduites agressives ou de vocalisations excessives, le comportementaliste tentera d’en cerner et d’en isoler les causes. Par exemple, pour les malpropretés, il se demandera si celles-ci ont lieu en présence ou en absence des propriétaires, vérifiera si l’animal est suffisamment promené et dépensé, demandera aux maîtres comment ils ont appris la propreté à leur chien, se penchera également sur ses conditions d’élevage et de développement précoce. Par le biais d’un questionnaire le plus précis possible, sorte d’enquête policière, il remontera ainsi aux sources potentielles des troubles.

Ensuite, il mettra en place des stratégies qui passeront par une réorganisation du système tout entier, autrement dit des relations entre les différents individus - ce qui aura souvent un impact sur le quotidien du chien. Le comportementaliste s’adapte également à l’animal qu’il rencontre, et vise son bien-être physiologique et émotionnel. Il a un rôle pédagogique dans la mesure où il explique aux propriétaires pourquoi leur animal se comporte de la sorte, et leur souligne les limites de la thérapie entreprise : ainsi, il prendra toujours en considération CET animal précis qui se trouve en face de lui, et tentera de faire comprendre aux maîtres que, dans une certaine mesure, ils vont devoir accepter qui il est, et faire avec certains de ses comportements. Un chien de chasse qui aboie beaucoup est peut-être agaçant, mais il serait illusoire, et cruel, de vouloir le faire changer : les humains, à force de sélection, l’ont créé tel qu’il est. On ne veut pas de chien aboyeur ? Il existe des races silencieuses, il fallait se renseigner avant l’achat ou l’adoption de l’animal…

A quoi sert l'éducateur ?

L’éducateur lui, comme son nom l’indique, aide les propriétaires à éduquer leurs chiens. Il recherche l'obéissance du chien à des ordres simples ou complexes. Certains professionnels, formés en éthologie et respectueux de leurs élèves à quatre pattes, se focalisent exclusivement sur les ordres utiles, mettant de côté le refus d’appât et autres lubies du même acabit. Le but de l'éducateur est finalement que tous les chiens, quels que soient leurs origines, caractère, race ou vécu, puissent parvenir au même résultat (assis, couché, debout, pas bouger, viens au pied, etc). L'éducateur transmet des techniques, un savoir-faire, une manière de conditionner un animal. Qu'il travaille en renforcement positif, en clicker training ou de manière plus traditionnelle, c'est donc toujours l'obéissance de l'animal qui est en jeu. Plus précisément, l'éducateur oeuvre pour que le chien puisse se plier aux règles et contraintes de la vie en société humaine. Ainsi, de très nombreux propriétaires font appel à un éducateur parce que leur chien ne revient pas au rappel ou qu'il tire à la laisse. Mais pas uniquement... Car dans certains cas, l'éducation vient compléter le comportementalisme, et vice-versa.


Comment les deux métiers se complètent-ils ?

Restons dans l’exemple du chien qui tire en laisse. Les propriétaires pourront peut-être venir à bout de cette mauvaise habitude grâce à un bon éducateur. Mais peut-être pas ! En effet, derrière cet affolement du chien à aller à toute allure là où sa truffe le mène, se cachent peut-être un souci plus général d’excitabilité et de mauvaise gestion émotionnelle, ou un non-respect, de la part des propriétaires, du niveau individuel d’énergie de leur animal. Un braque allemand, laissé seul toute la journée et promené deux fois 15 minutes par jour, sera forcément une pile ingérable, qui tirera de toutes ses forces sur sa laisse. Aucun apprentissage ne permettra de le «rééduquer» : il faudra faire comprendre aux propriétaires que leur chien a besoin de beaucoup plus se défouler, et que deux heures de balade en liberté ne sont pas de trop pour lui. Ceci étant du ressort du comportementaliste...

A l’inverse, un comportementaliste appelé pour des conduites agressives, ou pour des peurs et des phobies, aura très certainement besoin de référer son client à un éducateur canin (sauf s'il est lui-même éducateur). Car seul un éducateur saura encadrer les séances individuelles permettant, à terme, d’améliorer ou de résoudre les difficultés de l’animal et de son maître. Habituation et désensibilisation nécessitent, en effet, un accompagnement personnalisé, et sur la durée. Une unique consultation de comportementalisme est rarement suffisante. Il faut aller sur le terrain, en situation, et montrer au propriétaire les gestes à faire ou à ne pas faire.

Enfin, bien sûr, nous ne saurions passer sous silence que tous les chiens ont besoin de contacts réguliers et positifs avec des congénères : les cours collectifs avec lâchers de chiens, tels qu’ils sont pratiqués par les bons éducateurs et les comportementalistes-éducateurs, sont l’un des moyens de donner à son animal ce dont il a le plus besoin pour être bien dans ses coussinets : des relations sociales !


Marie Perrin

mardi 16 septembre 2014

Mon chien garde ses ressources

Médor s’est approprié la gamelle du chat et gronde dès que quiconque passe à proximité. Hier, c’était la table du salon qu’il avait faite sienne et, avant-hier, le sac à main de sa propriétaire. A quoi cela correspond-il, et que peut-on faire pour y remédier ?

L’action de garder, de veiller, de surveiller est inscrite dans le comportement de canis lupus familiaris, encouragée même dans certaines races par la sélection génétique. Ne s’enorgueillit-on pas d’avoir un doberman particulièrement bon gardien ? Mais là où certains chiens, avec mesure, se contentent de protéger les troupeaux, les jardins et les propriétés – comportements évidemment encouragés par leurs humains -, d’autres font du zèle et se mettent à veiller sur des objets insolites, voire sur leurs humains.

Certains s’installent ainsi au pied du sapin et des cadeaux de Noël, tandis que d’autres ne laissent plus personne s’approcher de la porte d’entrée. Mon expérience de comportementaliste m’a ainsi amenée à côtoyer des chiens qui gardaient les pieds de leurs propriétaires, leur propre vomi ou le bébé de la famille. Le risque majeur : des morsures sur humains, ainsi que des bagarres avec d’autres chiens.

Tout ranger !
La priorité, avec ces chiens susceptibles sur les ressources, c’est de tout ranger. De ne rien laisser traîner que le chien puisse ravir. La deuxième étape, c’est bien sûr de travailler sur le relationnel, sur le système qu’il forme avec ses maîtres. Un cadre rassurant doit permettre peu à peu d’apaiser cet animal inquiet, anxieux. On le fera manger tranquillement dans une pièce à part, sans jamais l’ennuyer, on le laissera dormir tout son soûl sur la place qu’on lui aura attribuée, sans lui laisser la possibilité de se choisir lui-même un autre endroit de repos.

Une troisième étape pourra être de lui apprendre à donner, à rendre, par le prisme du jeu. Ainsi, troquer une balle contre une autre au cours de séances ludiques. Le but est certes qu’il apprenne l’ordre « donne », mais surtout qu’il ne se sente plus menacé sur ses possessions, qu’il sache que rien ne lui est jamais ôté de force, mais que s’il rend de bonne grâce, il se verra gratifié d’un bonheur encore plus intense. Travailler le calme et la complicité, devenir un leader qui inspire la confiance : telle sera la quatrième étape de la thérapie…

Combler le niveau individuel d'énergie (NIE)

Les propriétaires veilleront également à bien défouler leur chien, à lui donner des activités physiques et mentales, afin de pouvoir lui demander ensuite, à la maison, de se plier aux règles établies sans éprouver d’inconfort. Rappelons que chaque chien possède un niveau individuel d’énergie, ou NIE, qu’il faut absolument combler sous peine de voir apparaître des troubles du comportement – et garder intempestivement les ressources en fait partie.

Enfin, si malgré toutes les précautions, un conflit s’amorce autour d’une ressource, comment faut-il réagir ? En tous les cas, pas par la force. C’est le meilleur moyen de se faire mordre ! Un chien qui grogne prévient qu'il veut éviter le conflit. On pourra tenter diverses approches : un bruit pour détourner son attention, avec une contre-proposition dans la foulée, sortir la laisse et le harnais, pourquoi pas jouer avec une balle qu’il aime à quelques mètres de lui. Cela suffira peut-être à le distraire de son gardiennage inopportun, le tout de manière positive et non violente.

Dernier point, si vous êtes confronté à ce genre de situation, il ne faudra pas hésiter à vous faire aider par un professionnel, qui pourra plus facilement remonter à la source du problème afin de mettre en place les stratégies les plus adaptées…

Marie Perrin

mardi 22 juillet 2014

Dépasser la dominance

La dominance, que l’on peut définir comme la suprématie absolue d’un individu sur un autre, est une théorie très répandue dans les milieux cynophiles. Ce modèle hiérarchique pyramidal sert aussi bien à décrire les relations entre les chiens que celles entre les canidés et les humains. Décryptage d’un mythe.

La théorie de la dominance et de l’alpha est née il y a quelques décennies avec des études menées sur des loups par le docteur Frank Beach. Forte d’un grand succès, elle a été vaillamment transposée au chien domestique, puis s’est imposée dans la culture cynophile. L’idéologie s’en est mêlée, le chef de famille, maître sur ses sujets inféodés, devant aussi régner sur son chien sous peine de grands débordements, voire de révolution sanglante.

Depuis, l’éthologie s’est penchée sur le chien de compagnie, canis familiaris, longtemps tenu en mépris en raison même de sa proximité avec l’être humain. Ainsi Adam Miklosi, de l’université de Budapest. Et Frank Beach est revenu sur ses observations : les loups étaient captifs (ce qui faussait tout), les analyses erronées – la mise sur le dos, par exemple, n’est pas imposée par le loup le plus assertif mais initiée par son subordonné, qui lui propose la soumission de son plein gré, de manière volontaire et ritualisée. Néanmoins, malgré les voix des spécialistes, la dominance continue à être enseignée, transmise, entendue. Il est populairement admis que les chiens cherchent à se dominer, à nous dominer, qu’il faut les soumettre pour éviter tout danger. L’erreur ne serait pas grave si elle n’impactait pas la manière dont on pense les chiens, dont on agit avec les chiens, dont on dresse et rééduque les chiens.

La dominance intraspécifique

Le chien n’est pas un loup : de cette affirmation découle que la transposition stricto sensu du modèle de Frank Beach était en soi une aberration. De surcroît, les études ultérieures ont démontré que les meutes de loups libres ne fonctionnaient pas selon un schéma hiérarchique mais selon un modèle familial : un couple parental associé à sa descendance, de l’année ou d’autres années. Et que la collaboration, la coopération et surtout la ritualisation formaient le socle de ces groupes plus sûrement que la violence fantasmée. Parallèlement, les recherches sur les chiens marron ou sur leurs homologues domestiques ont toutes conclu que la dominance chez le chien est fluctuante, affaire de rencontres, de circonstances, de ressources.

Les chiens, qu’ils soient féraux ou familiers, s’associent plutôt par paires, ne forment pas des meutes mais des groupes changeants, et engagent quotidiennement de multiples interactions qui n’ont strictement rien à voir avec les rapports de force. Ils jouent, communiquent, s’apprécient ou ne s’entendent pas, s’évitent ou recherchent mutuellement le contact, s’ignorent, s’éloignent ou se rapprochent et, surtout, ritualisent leurs conflits pour ne pas avoir à se mettre en danger. Ainsi les bagarres des mâles, spectaculaires et bruyantes, dont l’on s’étonne ensuite qu’elles rien n’aient occasionné de grave, tout au plus quelques touffes arrachées.

Au sein d’une même famille, les chiens se partagent les prérogatives. L’un sera plus sensible aux déplacements, l’autre à la nourriture, le troisième aux contacts affectifs. Si dominance il y a, elle varie donc en fonction des sensibilités de chacun. Et elle est surtout déterminée par la capacité d’un des sujets à accepter de laisser la priorité à l’autre. Sans agressivité, en bonne entente. Elle n’est pas innée, inscrite une fois pour toutes dans un individu précis, elle change au gré des possibilités et des interactions. Il est ainsi rare de trouver des chiens qui affirment leurs prérogatives sur tous les postes. Elle n’est pas un « en soi », immuable : elle nécessite des interactions avec un congénère, dans un mouvement dynamique de va-et-vient (actions / réactions).

La dominance interspécifique.

Mais le plus important, c’est que la dominance n’entre en jeu que dans une relation intraspécifique, en aucun cas dans une relation interspécifique. Ainsi, s’il est un mythe qu’il importe vraiment de déconstruire, c’est celui de la dominance entre chiens et humains. Il a été prouvé, scientifiquement, que la dominance ne peut pas s’exercer entre espèces différentes. Les chiens ne sont pas des humains, nous ne sommes pas des chiens : la théorie s’effrite. Point final.

Qu’en est-il des comportements non désirés ?

Moult raisons, bien éloignées d’une quelconque dominance, peuvent conduire un chien à adopter des comportements non désirés par ses propriétaires. Ainsi, un chien qui tire à la laisse est-il réellement en défaut de « soumission » à son maître ? Et si la promenade était pour lui un plaisir immense, ou trop rare ? Son excitation à la hauteur de l’énergie accumulée au cours de sa journée languissante ? Et si, tout simplement, il avait fait l’apprentissage que l’action de tirer l’amenait plus vite aux endroits désirés ?

La plupart du temps, l’étiquette « chien dominant », bien confortable, évite de se poser les bonnes questions, celles qui permettraient des changements durables et un assainissement relationnel. Plus grave, les réponses apportées par les tenants de la « dominance » peuvent nuire gravement au lien entre le chien et son propriétaire car elles sont toujours coercitives, frontales et conflictuelles. Par exemple l’« alpha roll» et bien d’autres techniques du même acabit, qui ne signifient rien pour le chien et peuvent, à terme, le conduire à se méfier de son maître, à douter de lui, voire à en avoir peur. Les partisans de la dominance pensent qu’il faut passer les portes et manger avant son chien, lui interdire toute position haute et le contraindre physiquement au moindre débordement. Autant de clichés sans fondement éthologique.

Débarrassé d’un fardeau

Finalement, la dominance semble surtout un fourre-tout bien pratique, permettant de s’épargner une observation rigoureuse des animaux et une prise en compte de leur réalité et de leurs émotions. Avouons-le : en abandonnant le mythe de la dominance, l’on se sent soudain débarrassé d’un fardeau. D’une charge délétère, qui empoisonne peu à peu, irrémédiablement, le lien si précieux que l’on peut nouer avec son chien. Etrangement, lorsque tout s’apaise, en soi puis avec l'autre, l’on s’aperçoit alors que personne ne souhaitait prendre le pouvoir, qu’il était juste question d’être chacun à sa place, dans le respect et la complicité.

Marie Perrin

samedi 19 juillet 2014

Membre du réseau Vox Animae

Formée par Laurence Bruder-Sergent et Vox Animae, je suis membre du réseau Vox Animae.
 
A ce titre, en tant que comportementaliste et en tant qu'éducateur canin, je respecte la charte Vox Animae, qui est la suivante :
 
Chaque membre du réseau VOX ANIMAE s'engage à :
 
1/ Mobiliser toutes ses connaissances et son énergie afin d’aider son client à solutionner les problématiques qu’il rencontre avec son animal, au besoin avec l’aide du réseau Vox Animae
 
2/ Donner toutes les informations demandées par le client, expliciter les raisons de ses conseils, se rendre disponible pour tout renseignement sur ses méthodes, ses compétences et de ses spécialités
 
3/ Veiller à toujours respecter les émotions, l’équilibre psychologique et éthologique des animaux et des humains avec lesquels il travaille
 
4/ Conseiller avec la même bienveillance toutes les personnes quelles que soient leurs origines, leurs mœurs et leurs situations de famille, leur appartenance ou leur non-appartenance à une ethnie, une nation ou une religion déterminée, leur handicap ou leur état de santé, leur réputation 
 
5/ S’adapter à son client par un vocabulaire intelligible pour lui
 
6/ Utiliser des pratiques non violentes physiquement et psychologiquement pour l’animal ou l’humain pour lesquels il travaille. Les colliers étrangleurs, sanitaires, torquatus, électriques, à jets de citronnelle et autres outils occasionnant des douleurs ou des peurs à l’animal sont proscrits par le réseau Vox Animae
 
7/ S’assurer que ses propositions de changement sont acceptables pour le client et correspondent à ses besoins réels 
 
8/ Informer son client sans la moindre ambiguïté, des risques éventuels résultant d’une mise en œuvre incomplète de ses conseils
 
9/ Ne pas divulguer des informations personnelles concernant ses clients à autrui (à l’exclusion des confrères susceptibles de le seconder) et respecter le secret professionnel de rigueur
 
10/ Ne pas diffuser, publier ou citer les noms des clients, leurs animaux, ni leurs situations personnelles sans leurs autorisations
 
11/ Ne pas dénigrer, critiquer, attenter à l’intégrité professionnelle ou personnelle du réseau Vox Animae ou l’un de ses membres. En cas de manquement grave et avéré, dans le comportement, les paroles ou les comportements d’un membre du réseau, il en informe Vox Animae qui prendra les dispositions de rigueur
 
12/ Ne pas engager Vox Animae dans une action ou une déclaration, ni ne parler en son nom, sans avoir obtenu l’accord de ses dirigeants au préalable
 
13/ Se former régulièrement et se tenir au courant des dernières avancées dans les connaissances de l’éthologie ou de la psychologie
 
14/ Ne pas s’engager à donner des conseils sur la santé des animaux, les médicaments à utiliser, ni les soins à effectuer
 
15/ Il peut par contre se faire aider, travailler conjointement ou s’associer avec un professionnel diplômé d’une Ecole Vétérinaire, un ostéopathe, naturopathe, praticien en phytothérapie ou autre
 

samedi 5 juillet 2014

Après-midi chiens-loups

Partir à la rencontre des chiens-loups...
 
 (Photo : Marie Perrin)
 
Propriétaire de plusieurs chiens-loups, de Saarloos et tchécoslovaques, j'ai constaté, au fil des années, qu'ils ne laissaient jamais indifférents. Pratiquement pas une promenade, pas une sortie dans le monde cynophile, sans que mes chiens ne soient le centre de l'intérêt, suscitant moult questions de la part de néophytes a priori fascinés.
 
L'an passé, j'ai eu la chance de pouvoir parler des chiens-loups à de futurs comportementalistes et éducateurs canins dans le cadre des formations Vox Animae. Cette année, j'ai décidé de proposer une après-midi découverte des chiens-loups à titre personnel, encouragée par de nombreuses demandes...
 
Le "stage" aura lieux demain, dimanche 6 juillet, à partir de 13h30, au club canin de Geispolsheim gare, rue de la batterie.
 
L'après-midi se déroulera de la manière suivante :
 
* 13h30 : accueil des participants
 
* Début du stage avec présentation des deux races officielles de chiens-loups, les Saarloos et les tchécoslovaques :
 
- origines des deux races
- similitudes et différences entre les deux races
- spécificités des chiens-loups
- vivre avec un chien-loup
- aborder un chien-loup 
 
* Présentation des chiens-loups présents
 
* Tour de table des propriétaires
 
* Présentation du BARF
 
* La communication canine :
 
- quelques mots sur les signaux d'apaisement, les rituels, etc
- atelier pratique avec découverte des interactions entre plusieurs chiens-loups
 
* Promenade récréative
 
* 17h30-18h00 - approximativement - : fin de l'après-midi