dimanche 19 avril 2015

Le chien régulateur (article à paraître dans Chiens magazine Suisse)


Certains chiens sont décrits, dans l’univers cynophile, comme des éléments « régulateurs ». Moniteurs et éducateurs aiment à avoir à leurs côtés un chien calme, a priori sûr de lui, qui intervient quand tout s’agite et ramène la paix lors des échauffourées. Mais qui est-il vraiment ce chien « régulateur » ? Et pourquoi « régule »-t-il ainsi les comportements de ses congénères ? Peut-on mettre sur le même plan la « régulation » d’un groupe d’adultes et celle d’un chiot ? Nous allons tenter de vous donner quelques éléments de réponse.

Sur les terrains de dressage, dans les écoles de chiots, dans les cours collectifs pour chiens adultes, il suffit de tendre l’oreille pour entendre des éducateurs, mais parfois aussi des particuliers, dire de leur chien (non sans fierté) qu’« il est un vrai régulateur ». Un chien charismatique, empathique même (quand l’anthropomorphisme nous tient !), fiable et sûr, auquel ils peuvent accorder leur pleine confiance et qui les aide à apaiser certaines situations. Mais qu’en est-il en réalité ? Quels pourraient être les profils des chiens « régulateurs » ?

Des profils variés...
L’on peut trouver dans les « régulateurs » des chiens qui ne supportent pas les conflits, qui interviennent aussitôt pour les désamorcer, parfois à mauvais escient. Nous leur octroyons toutes les qualités et pourtant, à y regarder de plus près, l’on se rend compte que peut-être, leurs « régulations » ne sont pas toujours judicieuses. Bien plus, ces chiens-là ne sont-ils pas surtout stressés ? Anxieux ? Et leur bien-être émotionnel, qui le prend en compte ? Ne faudrait-il pas plutôt les protéger, ces chiens supposés « régulateurs » ?

D’autres chiens ont pris l’habitude de tout gérer, ils mettent leur nez partout : certes, cela nous semble bien pratique, à nous, observateurs humains, mais qu’est-ce que cela nous dit de leur tempérament ? D’autres encore sont ultra-réceptifs aux mouvements. Sitôt que ça bouge, que ça s’agite, que ça court, ils sont au taquet. Certaines races sont plus susceptibles de développer ce type de comportements, à l’instar des chiens de berger, qui ont été génétiquement sélectionnés pour réagir aux mouvements du bétail, pour contrôler, stopper, regrouper.

Se pose par ailleurs la question du statut du propriétaire du chien « régulateur » : si le maître est le « chef » du terrain, son chien ne se sent-il pas renforcé dans ses initiatives et interactions, prenant l’habitude, lui aussi, de « gérer » tout son petit monde, avec l’assentiment tacite des humains en présence ? Il est sur le terrain quand les autres n’y sont pas, y est souvent en tout premier, parfois détaché lors des séances quand les autres travaillent à la laisse : autant d’éléments à prendre en compte dans l’analyse des comportements observés lors des lâchers collectifs.

Des communicants hors pair ?

Certains professionnels, cependant, émettent des hypothèses plus optimistes. La capacité à « réguler » de certains individus serait la résultante d’un apprentissage (un chien ne naîtrait pas régulateur, il apprendrait à le devenir), et de circonstances favorables ou non (un chien pourrait se montrer « régulateur » dans certains cas, et pas dans d’autres). Certains nomment « régulateurs » des chiens qui émettent des signaux d’apaisement face à des individus plus réactifs ou agressifs, les aidant à ajuster progressivement leurs réponses dans leurs interactions intraspécifiques.

C’est ainsi que Turid Ruggas parle de sa chienne Vesla au tout début de son ouvrage de référence, « Les Signaux d’apaisement », décrivant le long chemin qui a mené Vesla d’une hyperréactivité à un mode relationnel pacifié. Vesla est peu à peu devenue la partenaire de Turid Rugaas, une partenaire tellement efficace que Turid Rugaas note dans la préface des « Calming Signals » (p. V) : « Vesla always knows what to do and she always manages to calm down other dogs, whether they are aggressive, afraid, stressed or just being a nuisance ».

Ainsi donc, le chien « régulateur » serait celui qui possède toute la grammaire canine, communique bien, utilise les bons « mots » aux bons moments, n’est ni anxieux ni réactif. Rappelons néanmoins que, que le chien étant un animal social, il n’a aucune raison de se battre avec tous les congénères qu’il croise : c’est prendre beaucoup de risques alors que quelques signaux d’apaisement bien placés permettent de faire l’économie d’une dépense d’énergie potentiellement préjudiciable. Le chien « régulateur » ? Ce serait finalement un chien sans problèmes comportementaux majeurs, habitué à « parler chien ». Un chien « normal » en somme…

Et dans les écoles de chiots ?

Dans les écoles des chiots, un chien bien dans ses pattes, qui a bien intégré le « permis chiot », mais qui ne laisse pas tout faire aux plus petits, est évidemment un individu bienvenu. Dans « Tout sur la psychologie du chien », Joël Dehasse donne comme synonyme de « régulateur » le terme « éducateur ». Il note, toujours dans le même ouvrage (p. 475), que « dans une portée, les chiots ne jouent pas seuls sans la supervision de leur mère et, parfois, de leur père. De même, une classe de chiots devrait avoir un chien éducateur (régulateur) pour 6 à 8 chiots ».

N’oublions pas que tous les chiots n’ont pas été bien socialisés à leur espèce. Certains peuvent venir d’élevages douteux, avoir été achetés dans des foires aux chiots, avoir été séparés trop tôt de leur mère et de leur fratrie, ou avoir passé leurs premières semaines auprès d’une génitrice stressée, immature, peureuse, débordée par une trop nombreuse progéniture. De surcroît, de nombreux chiots, une fois dans leur famille humaine définitive, ne sont plus mis au contact de chiens adultes. L’école des chiots est alors un endroit en or, où le chiot va non seulement pouvoir interagir avec des chiots de toutes morphologies et de toutes races, mais de surcroît sous la surveillance bienveillante d’un ou de plusieurs adultes équilibrés, qui saura / sauront le rappeler à l’ordre et lui inculquer peu à peu les « bonnes manières » canines. Mais là (encore ?), peut-on réellement parler de « régulateur(s) » ? Ne s’agit-il pas juste d’adultes matures et sains placés au contact de chiots ? Tous les chiens adultes ne devraient-ils pas se comporter de la sorte ?

Qui pense au « régulateur » ?

Enfin, parce qu’il n’est jamais vain de le rappeler, veillons toujours à ne pas trop demander à cet adulte que nous pensons (peut-être à tort) idéal : il est fort probable, comme nous le disions précédemment, que les conflits, les cris ou les mouvements brusques soient en fait source de stress pour lui, et qu’il ne « régule » que pour s’apaiser lui-même. Sachons donc décrypter ses attitudes, détecter une éventuelle tension ou un mal-être, afin d’agir aussitôt : il ne faudrait pas traumatiser le « régulateur », même dans les écoles de chiots !

Marie PERRIN

 

mercredi 1 avril 2015

Tant de maltraitances...

Chacun, dans le secret de son cœur et de son foyer, pense et espère agir au mieux pour son fidèle compagnon à quatre pattes. Le nourrir, le soigner, lui donner de l’attention. Mais sommes-nous tellement certains de ne pas nous tromper ? Comment savoir si, sans le vouloir, nous ne nous rendons pas coupables de maltraitances involontaires ? Invisibles ? Enquête sur ces petites (ou grandes) cruautés du quotidien, plus nombreuses et courantes qu’on ne l’imagine.
 
Les temps ont bien changé. Hier de garde ou de ferme, canis lupus familiaris n’était rien de plus qu’un chien, un corniaud d’utilité dont on jugeait la valeur à l’aune des services qu’il rendait, qu’on mettait à l’attache quand on rentrait des champs, qu’on nourrissait de pain au lait ou de restes de table, et qu’on abattait sans état d’âme dès qu’il montrait un signe de faiblesse ou d’agressivité envers les « siens ».
 
Sont ensuite venus les races et leur « amélioration », les chiens d’apparat, d’agrément, de compagnie. Canis lupus familiaris est entré dans les foyers, dans les villes, dans les appartements, voyant son statut évoluer. Parallèlement, découlant d’études (que l’on sait aujourd’hui erronées) menées sur des groupes de loups captifs, et à tort transposées à ce descendant du loup que serait le chien (théorie elle aussi remise en cause par certains scientifiques), ont émergé les croyances en une hiérarchie entre chiens et humains. S’est ensuivi tout le cortège des méthodes de conditionnement à l’ancienne, reposant sur l’idée d’une hiérarchie à établir coûte que coûte au moyen de punitions positives (et musclées). Le chien dans la maison peut-être, mais chef de famille, certainement pas ! Les maltraitances s’appelaient alors dressage, et la tendresse n’était que de façade. Là encore, Médor devait obéir sans broncher ni se regimber, sous peine d’être brutalement remis à sa « place ».
 
Le mythe de la hiérarchie entre chiens et humains
 
Depuis, des études éthologiques ont permis de démontrer l’ineptie de telles croyances. La communauté scientifique s’accorde à dire que la hiérarchie entre chiens et humains n’est qu’un mythe (à la vie dure certes, mais quand même une pure invention). Ces découvertes ont rendu obsolètes les anciennes pratiques, pourtant toujours prônées dans certains milieux cynophiles (où souvent d'ailleurs, les chiens «travaillent»). Néanmoins, sensibilisés aux dégâts occasionnés par les méthodes coercitives, les propriétaires lambdas cherchent à s’occuper respectueusement de leur animal. Malheureusement pas toujours avec succès, il faut bien l’avouer !
 
Chiens rois traités comme des enfants, habillés, toilettés, parfumés, nourris à table ou lavés à la moindre couleur ou odeur suspectes, nos meilleurs amis ne sont parfois plus que l’ombre d’eux-mêmes. Est-il encore un chien, ce petit chihuahua de star, tenu dans les bras, les griffes manucurées, vêtu d’un sweat en strass assorti à celui de sa jeune et célèbre maîtresse ? Dans notre expérience quotidienne, les exemples ne manquent pas, certes pas toujours aussi criants, de ces chiens niés dans leur identité canine. Substituts affectifs ou faire-valoir, leur sort est-il plus enviable que celui des chiens d’antan ? Je ne pense pas, même si spontanément, l’on peut être tenté de répondre par l’affirmative.
 
Sélection génétique et hypertypes
 
Mais d’autres maltraitances guettent, bien plus sournoises. Et j’aimerais réussir à attirer tout particulièrement votre attention sur celles-ci… A deux reprises ces dernières semaines, j’ai croisé dans ma ville des bergers allemands vieillissants. A chaque fois, la vue de leur arrière-train quasiment paralysé, de leur démarche chaloupée ou claudiquante, la conscience aiguë de leur calvaire m’ont bouleversée. Car un tel handicap n'est pas une fatalité, la faute à « pas de chance ». Il est né d’une volonté humaine. Il découle directement de la sélection génétique menée par les éleveurs, de l’encouragement aux hypertypes dans les expositions de beauté de la FCI et de ses représentantes nationales (SCC en France, VDH en Allemagne, etc). Chez le berger allemand en l'occurrence, la quête absurde et aberrante d'un dos en déclive à la place d'une ligne bien droite... Au nom de quelle esthétique ? L'on est en droit de se le demander... 
 
Je me pose sans cesse la même question, sans réponse : comment, que l’on soit éleveur ou acheteur, peut-on ne pas voir que le chiot bouledogue ou carlin que l’on trouve si attendrissant, avec ses gros yeux globuleux, est en fait un grave handicapé physique dont toute la vie sera sans doute une suite ininterrompue de souffrances ?
 
En tant que comportementaliste, et en tant qu’amoureuse des animaux, je me dis que cela doit impérativement cesser : un chien, ça a quatre pattes d’une longueur confortable, un dos droit, lui aussi d’une longueur confortable, une queue et des oreilles permettant de bien communiquer avec ses congénères. Pourquoi tant de plis, de poils, de lourdeur ? Pourquoi un gigantisme qui expose à une mort prématurée ? Comment peut-on trouver « normal » qu’un chien soit vieux à 5 ans ? Qu’un chien ne puisse plus saillir une femelle ? Qu’une chienne ne puisse plus mettre bas sans assistance vétérinaire ? Qu’un chien ait la face écrasée au point de ne plus pouvoir respirer ? Il n’y a rien de naturel là-dedans, et si on laissait la nature reprendre ses droits, toutes ces races monstrueuses disparaîtraient.
 
Je préfère enfin passer sous silence (vous renvoyant vers l'article de ma consœur Zita Nagy*) les foires aux chiots, où l'on peut un dimanche après-midi, entre la poire et le dessert, aller se fournir en petite peluche vivante. Pourquoi se soucier de savoir comment cette petite bête si attachante est née, dans quelles conditions de misère vit sa mère, quelles maladies graves vont peut-être l'emporter dans les jours qui suivront son adoption ? Nombre d'élevages intensifs français, multi-races ou non, ne valent guère mieux. Et le bien-être animal dans tout ça ? Comme souvent, il passe bien loin derrière le profit que l'on peut tirer de l'exploitation et du silence des bêtes*...  
 
Une relation dysfonctionnelle
 
Evidemment, ce réquisitoire ne serait pas complet si l’on n’évoquait pas les erreurs d’une relation dysfonctionnelle. Obésité, manque d’exercice, non-respect du potentiel spécifique d’activité lié à la race choisie, ou du niveau individuel d’énergie de l’individu adopté : autant d’éléments de maltraitances dont nous n’avons pas conscience, mais dont nous nous rendons pourtant coupables. N’oublions pas qu’un chien qui souffre de troubles du comportement parce qu’il n’est pas assez promené, parce qu’il s’ennuie ou parce qu’il est mal nourri est avant tout un chien qui… souffre ! A nous d’en prendre conscience pour tenter de nouer avec lui, qui souvent nous aime tant, un lien plus sain et plus respectueux.
 
Marie Perrin
 
Pour aller plus loin, un documentaire de la BBC qui a beaucoup fait parler de lui et a sensibilisé le public aux aberrations des hypertypes (attention, il faut avoir le cœur bien accroché) :

 

* https://zitabamc.wordpress.com/2015/03/13/salon-du-chiot/

 
* En hommage à l'essai Le Silence des bêtes, d'Elisabeth de Fontenay.

jeudi 12 mars 2015

Mon chien a peur : pourquoi, et que faire ?

Les pétards, la foule, l’orage, les bruits de la ville, certains humains, voire les autres chiens : certains chiens, à l’instar des humains, ont peur de tout. D’autres en revanche n’ont peur de rien. Mais qu’est-ce que la peur ? D’où vient-elle ? Et comment aider un animal envahi par la peur, voire des peurs ? Réponses.
 
La peur est une émotion vitale, directement liée à la survie. Soudain saisi par la peur, l’animal mobilise toutes ses ressources pour fuir ou pour affronter le danger. Si certaines peurs sont innées, comme la peur du vide, du feu ou de l’inconnu, d’autres sont acquises, directement liées à l’individu lui-même, à son développement, à son tempérament, à ses expériences et à son environnement.
 
Les peurs ataviques sont propres à chaque espèce. Elles résultent d’un lent processus d’évolution, au cours duquel les individus présentant ces peurs, plus aptes à la survie, ont été sélectionnés. «La peur est un bénéfice adaptatif qui permet probablement à certaines espèces de pouvoir survivre», résume ainsi Boris Cyrulnik. Au cours de son apprentissage, le chien, comme le petit humain avec la peur du noir (par exemple), va progressivement se défaire de ses peurs innées. A l’inverse, les peurs acquises n’étaient pas présentes a priori : l’animal, sensibilisé à certains stimuli, a appris à les craindre. Ainsi la peur de l’orage, certes très courante, mais qui n’est pourtant pas une fatalité dans une vie de chien…  
 
L’émotion de peur ne doit durer que quelques secondes. Si l’animal ne peut pas s’y soustraire, ou si elle se prolonge, il peut basculer dans un état très grave (abordé dans un précédent article) : la détresse acquise. Le chien entre en sidération, comme absent et paralysé. Le propriétaire pense qu’il a vaincu sa peur alors qu’en réalité, elle l’a terrassé…
 
Evidemment, tous les chiens ne sont pas égaux face à la peur. Si certaines races sont plus sensibles que d’autres, de grandes disparités peuvent apparaître au sein d’une même race, voire d’une même portée. Les conditions de gestation de la femelle reproductrice, les profils émotionnel et réactionnel des géniteurs, puis les conditions de développement précoce des chiots et la manière dont l’éleveur envisage la socialisation et la familiarisation des petits : autant d’éléments à prendre en compte, en plus du choix de la race, si l’on souhaite un « bon chien de compagnie », peu farouche et adapté à la vie en société humaine.
 
Un chiot qui, quand il quitte sa fratrie, a déjà pris la voiture, vu toutes sortes d’êtres humains, côtoyé d’autres espèces, marché en ville, été habitué aux bruits de la maison, aura un seuil d’homéostasie sensorielle optimal : même issu d’une race plus fragile, ou réputée plus craintive, ce chiot-là sera bien armé pour affronter une existence variée. Si ses propriétaires poursuivent le travail entrepris par l’éleveur, il devrait grandir de manière harmonieuse, sans développer de peurs aberrantes ou handicapantes.
 
De l’anxiété à la phobie
 
Mais attention, un traumatisme est vite arrivé ! Une morsure, une succession d’événements effrayants, un épisode météorologique violent ou des pétards le soir de Nouvel An, et certains chiens tombent dans l’angoisse. Ils ont appris à avoir peur de «ces choses-là». Parfois, sourde et diffuse, la peur se généralise, envahit l’animal de plus en plus souvent, pour des raisons de moins en moins évidentes aux yeux du propriétaire, désemparé. La phobie guette…
 
Contrairement à la peur, l’anxiété est plus diffuse. Elle n’est pas forcément liée à un stimulus identifiable et, surtout, l’individu a le sentiment de ne rien pouvoir contrôler. La phobie, quant à elle, se définit (Petit Larousse) comme une «crainte angoissante et injustifiée d’une situation, d’un objet ou de l’accomplissement d’une action». Elle est une peur démesurée, une crainte non justifiée, avec des symptômes physiques parfois spectaculaires.
 
Parmi toutes les anxiétés susceptibles d’affecter un chien, il en est une plus connue que les autres, plus répandue aussi : l’anxiété de séparation. Celle-ci survient quand les propriétaires n’ont pas pratiqué le détachement nécessaire à l’autonomie et à l’épanouissement de leur compagnon à quatre pattes. Toujours collé à ses maîtres, le chien se retrouve littéralement paniqué quand ils s’en vont, le laissant seul.
 
La peur, une cause fréquente de morsures
 
A quoi ressemble un chien qui a peur ? Généralement, il tient son fouet replié sous le ventre, a les oreilles plaquées sur la tête, les yeux exorbités. Il arrive que certains sujets salivent, voire « moussent ». Certains tentent désespérément de fuir, et s’ils pouvaient se cacher dans un trou de souris, il le feraient. D’autres en revanche montrent moins de signaux évidents de peur, ils aboient, sautent en bout de laisse, font mine d’attaquer.
 
Dans tous les cas, la peur doit être prise très au sérieux. En effet, selon la règle dites des 4F, un chien pris de peur a quatre options : fuir / se figer / faire front / faire des appels au jeu. Mais s’il est acculé dans un coin, que l’on force le contact, ou qu’il est entravé par la laisse, ces quatre options se réduisent rapidement à une seule : attaquer. Et comme, pour le chien, il est question de survie à ce moment-là, l’attaque est généralement rapide et violente. La séquence comportementale apparaît comme tronquée, avec une phase de menace quasiment inexistante, ou presque indétectable. De surcroît, le chien aura rapidement tendance à instrumentaliser ce type d’agression : réussissant à mettre à distance l’objet de sa peur, il réitérera ce comportement qui lui a valu satisfaction.
 
Aider un chien qui a peur
 
Aider un chien craintif ou phobique est une entreprise de longue haleine. Il est préférable de se faire aider par un spécialiste. Les trois piliers de la thérapie sont : habituation, désensibilisation et contre-conditionnement. Pas à pas, l’on aidera l’animal à reprendre confiance, en lui, en son maître, en son environnement. Par le biais d’exercices ciblés, avec neutralité, sans jamais le forcer et en travaillant toujours en renforcement positif, l’on amènera le chien à reconsidérer son point de vue sur les stimuli qu’il juge effrayants. Et l’on n’hésitera pas à s’appuyer sur un chien stable et tranquille : un chien n’est en effet jamais si bien rassuré que par un congénère. L’apprentissage vicariant, dans ce type de troubles, est parfois l’une des clés de la réussite.
 
Marie Perrin
 
 

vendredi 13 février 2015

Nos chiens sont-ils jaloux ?


Quel maître n’a jamais pensé, dit, affirmé, parfois avec force véhémence : « ouhlà, attention, mon chien est très jaloux ! » ? C’est d’ailleurs l’une des phrases les plus courantes sur les terrains de dressage, ou lors des rencontres entre propriétaires… Mais nos chiens sont-ils réellement jaloux ? Sont-ils capables, cognitivement parlant, d’une émotion aussi complexe que la jalousie ? Regardons ce qu’il en est, en l’état actuel des connaissances scientifiques.
 
N’importe quel familier des chiens aura tendance à estimer que oui, les chiens peuvent être jaloux. Indéniablement. Dans bon nombre de circonstances d’ailleurs, et fort différentes les unes des autres. Ainsi, si Médor grogne lorsqu’on tente de caresser un congénère, n’est-ce pas là le signe de sa jalousie ? Et si Médor s’interpose pour exiger sa part de câlins quand son maître prend sa chère et tendre dans les bras, n’est-il pas à nouveau jaloux ? Ne risque-ton pas de le froisser si l’on donne une friandise à un autre chien en sa présence, ou si l’on accorde une prérogative à son compagnon de vie sans la lui octroyer à lui aussi ? Pourtant, comme souvent dès qu’il est question de chiens, le ressenti des propriétaires se heurte à la littérature scientifique.

La jalousie, un sentiment humain ?

A contrario des propriétaires, un grand nombre de spécialistes refusent en effet l’idée que les chiens pourraient eux aussi, tout comme nous, souffrir les affres de la jalousie. Valérie Dramard, auteure du « Comportement du chien de A à Z », note à l’onglet « Jalousie » (p. 189) : «(…) la jalousie étant par définition un sentiment humain [qui] désigne l’anxiété et l’insécurité ressenties par une personne qui a peur de perdre un objet ou une personne qu’elle perçoit comme convoité par quelqu’un d’autre, qualifier un chien de jaloux ne semble (…) pas approprié ». Pourquoi ? 

Tout d’abord, si la plupart des chercheurs s’accordent à dire que les chiens ressentent des émotions simples comme la peur, l’anxiété, la joie ou la tristesse, ils restent dans l’expectative quant à leur éventuelle capacité à éprouver des émotions complexes (et des sentiments) comme la jalousie, la culpabilité, la honte ou l’embarras. En éthologie canine, il semble faire consensus que les chiens ne sont pas aimants mais affectueux, qu’ils ne sont pas mus par la vengeance mais par la frustration. Et qu’ils ne sont pas jaloux mais possessifs

Eviter le piège anthropomorphique

Une règle fondamentale en éthologie concerne l’anthropomorphisme : les chercheurs veillent scrupuleusement à  ne pas projeter d’émotions humaines sur leurs sujets d’études. Non parce que l’anthropomorphisme serait le « mal » en soi, mais plutôt par souci de neutralité, d’« objectivité » scientifique (si tant est que cette notion ait un sens). Ils espèrent ainsi éviter les erreurs, et ne pas interpréter de manière complexe un comportement qui pourrait être expliqué de manière plus simple (loi de parcimonie 1). Surtout, n’oublions pas qu’une des conséquences de la confusion anthropomorphique, c’est la maltraitance involontaire 2. Car, même si cela tombe sous le sens, répétons-le une fois de plus : un chien n’est pas un humain. Lorsqu’on calque sur lui des manières de percevoir le monde, ou des sentiments humains, l’on court le risque de passer à côté de sa réalité à lui, de son « Umwelt ».

Par exemple, dire d’un chien qu’il est jaloux ne permet pas de trouver des solutions pratiques au problème rencontré. En présence d’un individu qui tente de s’interposer entre son maître et sa maîtresse, le comportementaliste canin préconisera de revoir toute la relation qui unit ce chien à ces propriétaires, afin que ceux-ci redeviennent les leaders du système.

Des voix discordantes du côté de certains auteurs

Tout ceci n’empêche pas certains spécialistes de se poser la question de l’éventuelle jalousie des canidés domestiques. Ainsi Stanley Coren qui, dans un article paru en ligne (« Jealousy. Dogs and the Green-Eyed Monster »), explique que, si la plupart des scientifiques refusent de parler de jalousie pour les chiens, c’est parce que cette émotion ferait appel à une conscience de soi très élaborée. Pourtant Stanley Coren lui-même pense que les chiens peuvent éprouver de la jalousie, quand bien même celle-ci ne serait pas aussi élaborée, ou pas tout à fait de même nature que celle des êtres humains ou des grands singes. Stanley Coren ajoute que la jalousie ayant une fonction sociale, il paraît tout à fait logique qu’elle concerne une espèce aussi sociale que le chien.

Pour étayer ses dires, Stanley Coren s’appuie sur une étude menée sur 43 chiens en 2008 à l’université de Vienne, en Autriche. Le professeur Friederike Range et son équipe ont ainsi mis en évidence que les chiens pourraient ressentir de la jalousie. Tout comme ils ne supporteraient pas d’être traités de manière injuste, ou inégale.

Une autre étude, menée plus récemment par Christine Harris et Caroline Prouvost à l’Université de San Diego, en Californie, aboutit exactement aux mêmes conclusions. Relatée longuement dans l’article «Jealousy in Dogs», paru dans le journal en ligne «Plos On» en juillet 2014, elle met en évidence que les chiens sont bien capables d’une certaine forme de jalousie. Elles ont notamment constaté que les chiens montraient plus de signes de « jalousie » quand leur propriétaire était affectueux avec un autre chien que quand leur propriétaire interagissait avec un objet. Elles concluent en espérant que leur «travail motivera d’autres chercheurs à suivre leur voie et à s’intéresser de manière plus approfondie aux émotions sociales chez les animaux ».

Marie Perrin


2. Les maltraitances involontaires et invisibles seront l’objet d’un prochain article

Pour aller plus loin, l’article de Plos On qui relate de manière détaillée l’expérience de Christine Harris et Caroline Prouvost :


D’autres articles sur la question :




 

 

 

 

 

 

mercredi 4 février 2015

Une lettre distribuée aujourd'hui dans les boîtes aux lettres de Kolbsheim

Parce que le métier de comportementaliste, c'est aussi interpeller les gens, tenter de les faire réagir, parler du rapport entre nos chiens et la société, de la manière dont les maîtres conçoivent leur citoyenneté et protègent leurs animaux de la cynophobie ambiante...
 
Chers concitoyens, chers Kolbsheimois,
 
Certains d'entre vous me connaissent. D'autres non. Ma présentation sera rapide...
 
Je suis comportementaliste et éducateur canin. Mais je suis aussi, plus simplement, une amoureuse des chiens, ainsi qu’une habitante de Kolbsheim. C'est sous cette triple casquette, en tant que spécialiste et professionnelle, en tant que propriétaire lambda, mais aussi en tant que Kolbsheimoise, que je m'exprime ici.
 
Je suis en effet atterrée par le nombre croissant de déjections canines sur les trottoirs de notre commune. Atterrée ne suffit d’ailleurs pas pour décrire ce que je ressens tellement je suis outrée, et inquiète. Je possède plusieurs chiens et chaque jour, je ramasse consciencieusement les crottes qu’ils font au cours de leurs promenades. Même au milieu de la route. Parfois j'en profite pour récupérer au passage celles de chiens qui ne m'appartiennent pas, juste parce que je pense au piéton qui passera par là...
 
 
Si l'on a des chiens, c'est parce qu'on les aime. Or laisser des déjections sur les trottoirs, devant les portillons des gens, c'est donner les pleins pouvoirs à leurs détracteurs. Pousser les non-propriétaires à détester nos animaux. Encourager la cynophobie ambiante. Offrir des arguments à ceux qui voudraient voir nos chiens dégager de l’espace public. Qui en fera les frais demain ? Bien évidemment, comme toujours, nos pauvres chiens...
 
Vivre ensemble, c'est tenter de ne nuire à personne. Tenter aussi de se mettre à la place d'autrui. A la place de cet enfant qui arrivera à l'école la chaussure souillée, puante, parce que quelqu'un n'aura pas jugé utile de faire son devoir citoyen de propriétaire responsable. A la place de cet habitant qui, en rentrant chez lui, s'apercevra que la crotte que, dans le noir, il n'avait pas vue devant le portail, macule maintenant le sol de son entrée, de sa cuisine.
 
 
En tant que propriétaire de chiens, lorsque ça m'arrive je suis hors de moi, écœurée, dégoûtée. D’autant que j'en ramasse des crottes, tous les jours, dans ma cour, au cours de mes promenades, lors des séances d'éducation ! Alors je peux comprendre que des non-propriétaires soient lassés, énervés, voire pire... Décider d'adopter ou d’acheter un chien, c'est aussi accepter de devoir se baisser pour collecter ses dépôts odorants.
 
D’aucuns me rétorqueront qu’il n'y a pas assez de poubelles dans le village. J'en conviens, mais il y en a, c'est déjà ça. Mettre des petits sacs poubelles dans sa poche pour les balades, est-ce vraiment compliqué ? Quant à l’argent… Quelques malheureux rouleaux de sacs ne risquent pas de faire flamber l’addition. C’est une somme dérisoire au regard de ce que coûtent les croquettes, le vétérinaire, les friandises, les jouets, les coussins, les accessoires divers et variés, et j'en passe. Même des sites grand public comme zooplus s’y sont mis, et proposent aujourd'hui des sacs à des prix défiant toute concurrence.
 
 
Ce message est donc un appel au sens civique et, plus prosaïquement, au bon sens de chacune et chacun : nous, propriétaires de chiens, sommes généralement dingues de nos compagnons à quatre pattes. Nous aimons les promener, nous aimons vivre avec eux, nous aimons ce qu'ils sont, nous voulons le meilleur pour eux. Aidons nos concitoyens à les apprécier eux aussi en minimisant les nuisances qu'ils peuvent occasionner.
 
Marie Perrin
 

mardi 3 février 2015

Quelques témoignages

Quelques témoignages d'étudiantes de Vox Animae venues observer les lâchers collectifs, ainsi que de deux clientes des cours privés en éducation. Avec également les encouragements de Laurence et Nicolas Sergent, nos formateurs mais aussi nos partenaires dans bien des aspects du comportementalisme et de l'éducation des chiens de compagnie. Merci à tous !


Gaëlle MALASSI, étudiante en formation:
 
« La séance m’a beaucoup appris, un vrai cadeau à offrir aux chiens! Je ne connais pas d’autre endroit ou ces derniers peuvent bénéficier de deux lâchers de 30 minutes, encadrés par les professionnels compétents, avec une séance d’éducation positive intercalé au milieu.
J’ai trouvé cette dernière particulièrement bien menée et maitrisé, avec des exercices très courts et variés pour conserver l’attention du chien, et une pause jeux pour évacuer le stress possible, apprendre aux participants à interagir de façon ludique avec leur compagnon, et renforcer la relation du binôme.
Merci à Marie PERRIN et Zita NAGY pour l’opportunité qu’elles nous offrent! »
 
Agnès GAYRAUD, étudiante en formation:
 
« Mes impressions sur la séance dirigée par Marie et Zita sont très positives. C’est la première fois que j’assiste à une telle séance avec des lâchers de chiens aussi nombreux. J’ai, il y’a de nombreuses années déjà, eu l’occasion à maintes reprises de fréquenter des clubs d’éducation canine « traditionnels » et cette méthode utilisée par Marie et Zita est vraiment incroyable. Il faut l’avoir vu pour le croire ! Elle respecte les animaux, les repositionne dans leur milieu avec leurs propres règles, il y a peu voire pas d’altercations. Les chiens prennent visiblement un vrai plaisir ainsi que leurs maîtres à ces séances. C’est une formule innovante et à promouvoir sans réserve.  »
 
 
Virginia et ses chiens-loups de Saarloos, Dyna et For Ever :
 

« Depuis plusieurs années, j’ai cherché en vain un club canin adapté à mes chiens, qui propose une éducation respectueuse et adaptée à mes deux chiens-loups de saarloos Dyna et For Ever, qui sont craintifs et indépendants de caractère.
J’ai testé plusieurs clubs et séances d’éducation, mais je trouvais tout cela trop froid, rigoureux, militaire, autoritaire et pas du tout à l’écoute du chien.
Les séances d’éducation collectives proposées par Zita NAGY et Marie PERRIN ont bouleversé la vie de Dyna et For Ever.
C’est un pur bonheur de voir Dyna jouer en liberté avec tout plein de chiens de toutes races et de tous caractères! Les exercices d’éducation quant à eux sont toujours très diversifiés, originaux et efficaces. Les chiens s’amusent et apprennent en même temps!
For Ever qui est plus compliqué, a bénéficié de 10 séances personnalisées, en petit groupe, pour apprendre à évoluer au milieu d’un groupe de chien, et à être à mon écoute. Et depuis peu il participe aussi aux grands cours collectifs.
Merci à vous de partager vos connaissances, de croire en nos chiens, et de leur permettre de vivre leur vie de chien à 100%. »

 Dyna ForEver2


Sandrine Bauer avec Haddock (Cavalier King Charles) et Mirko (dogue argentin)


« Pour ma part je trouve que c’est très agréable d’être en comité restreint car vous êtes à notre écoute et cela vous permet de nous donner des conseils personnalisés et d’adapter les exercices à la problématique de chaque chien. En plus de cela se rajoute votre professionnalisme à toi et à Marie et votre bonne humeur.
Les moments de récréation et de jeux pour les chiens entre les exercices sont un plus.
Je reviendrai bien pour 10 séances…!!!
En tout cas vos cours ont fait beaucoup de bien à Haddock et Mirko. »

Mirki Haddock
 
 
« Nous sommes ravis que Zita et Marie encadrent aussi admirablement leurs séances de lâchers de chiens et d’apprentissages utiles dans la cohabitation Homme/Animal. Elles nous font régulièrement l’honneur d’accueillir nos étudiants pour des moments d’observations éthologiques, et nous sommes fiers de la manière dont elles dirigent le premier centre d’éducation canine agréé Vox Animae.
 
Si vous cherchez un endroit pour éduquer vos chiens, vous pouvez vous rendre chez elles les yeux fermés.
 
Aucune violence physique ou émotionnelle ne sera infligée à vos meilleurs amis, aucun collier douloureux ne leur sera imposé, pas de méthode brutale, ni de cris. Cela fait plaisir ! »
 
Laurence et Nicolas Sergent,
Dirigeants de Vox Animae

vendredi 23 janvier 2015

Tant d'erreurs de casting...

La Fédération cynologique internationale (F.C.I.) reconnaît pas loin de 350 races de chiens. Si l’on y ajoute la multitude de bâtards et de corniauds, mélanges d’une ou de plusieurs races, choisir le chien qui partagera sa vie durant une quinzaine d’années peut vite s’apparenter à un casse-tête.

Un soir de semaine à l’école des chiots. Une quinzaine de nouveaux propriétaires sont là, accompagnés de la jolie petite boule de poils qu’ils ont achetée ou adoptée quelques semaines auparavant. Et déjà, l’on sent poindre les problèmes. Pas besoin d’être devin pour se douter que ce petit jack russell si mignon va faire du quotidien de ses propriétaires, un couple d’urbains actifs avec trois enfants turbulents, un enfer. Que ce border collie « de travail », né dans une ferme, ne pourra pas être heureux auprès de ce retraité fatigué. Ou que cet akita inu, à la tête de bon gros nounours, ne pourra pas cohabiter longtemps avec le berger allemand des parents de sa jeune propriétaire.

Au mieux, tous ces chiens seront replacés dans des foyers plus appropriés. Au pire, ils seront bourrés de neuroleptiques, abandonnés dans des refuges, voire euthanasiés. Entretemps, ils auront souffert, et leurs propriétaires avec eux. En effet, en peu de temps, ce petit jack russell deviendra la terreur de ses maîtres, détruisant tout dans l’appartement, courant compulsivement après sa queue et se léchant frénétiquement les pattes avant. Ce border collie chassera des mouches fantasmées et développera de tels troubles du comportement qu’à même pas 10 mois, il sera mis sous antidépresseurs. Quant à l’akita, l’adolescence à peine entamée, il voudra en découdre avec tous les chiens mâles, connus ou inconnus, et sa jeune maîtresse ne saura plus à quel saint se vouer. Un sombre tableau, pourtant réaliste et inspiré d’histoires vécues…

Au royaume des chiens, les contre-vérités s’accumulent

Il faut dire que, dès qu’il est question de chiens, les anthropomorphismes, les superlatifs et les approximations fleurissent. Le chien-loup de Saarloos n’est pas flippé ou peureux, il est réservé. Le jack russell n’est pas hyperactif, il est tonique. Le doberman n’est pas agressif, il est bon gardien. Il suffit de surfer sur le Net pour s’en convaincre : les chiens sont « loyaux », « pacifiques », ils ont même « le sens des responsabilités », voire « de l’humour » *! Bien sûr, tous les chiens, sauf rares exceptions (pour des races réellement trop complexes pour être mises entre des mains incompétentes), sont d’excellents chiens de famille, très gentils avec les enfants.
 
C'est ainsi qu’en quête de leur toutou idéal (et idéalisé), nombre de personnes se retrouvent affublées du mauvais compagnon. Leurrées par des descriptions inexactes, voire fallacieuses, victimes de la tendance, sur le vaste et lucratif marché du chien, d’emballer les défauts dans de jolies périphrases. Et le rêve du chien parfait vient soudain s’écraser contre la dure réalité du quotidien…

Des animaux en souffrance

Les binômes mal assortis ne seraient pas grave « en soi » s’ils n’entraînaient pas de la souffrance chez l’animal. A être mal conseillés, à s’être mal renseignés, de nombreux propriétaires s’engagent dans une relation vouée à l’échec dont, malheureusement, l’animal fait inévitablement les frais. Surtout quand, non contents de s’être trompés de race, les propriétaires s’avouent de surcroît incompétents à le comprendre, le gérer et l’éduquer.

Ni un nounours ni un petit humain…

Car rappelons-le, vivre avec un chien n’est pas si facile qu’il y paraît : le chien n’est ni un nounours ni un petit humain. Il a des besoins qui lui sont propres, une manière de percevoir le monde bien différente de la nôtre. S’il importe de ne pas se laisser piéger par les alléchants discours de promotion des races, il importe aussi de ne pas se laisser aveugler par cette sensation que, puisque le chien fait partie de notre paysage depuis le Paléolithique, nous le connaissons «de facto». Rien n’est plus faux. Alors, et si, avant d’acheter un chien, nous nous préparions vraiment, pleinement, à l’accueillir à nos côtés ? Les éleveurs consciencieux, les comportementalistes, les bénévoles des refuges n’attendent que de pouvoir guider et accompagner les futurs propriétaires…

Marie Perrin
 
* Exemples tirés de diverses pages sur les chiens de race.
 
Un exemple de ce qu’on peut trouver sur certains sites (pour rire jaune) :
Combien de temps  pouvez-vous offrir à votre chiot en termes d’exercice?

Sauf si votre chiot est de petite race, vous devez prendre très au sérieux la responsabilité de lui faire faire deux promenades par jour. 

De quel espace disposez-vous ?

Un gros chien détruira un petit jardin en enterrant un os.  Et même à l’intérieur de votre maison, un gros chien a besoin d’espace pour un grand panier.